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Peptide : la définition biochimique sans jargon inutile

Qu'est-ce qu'un peptide ? Définition, différence avec une protéine, exemples dans le corps humain, et comment la chimie a appris à les fabriquer.

Auteur
L'équipe scientifique des Peptides
Publication
11 mai 2026
Mise a jour
13 mai 2026
Lecture
15 min

TLDR

Ce que c'est — Un peptide est une chaîne courte d'acides aminés reliés par des liaisons peptidiques covalentes. Sa longueur va de deux (dipeptide) à environ 50 résidus. Au-delà, par convention, on parle plutôt de protéine. La frontière n'est pas anatomique mais terminologique — l'insuline (51 acides aminés) est tantôt appelée *« peptide »* tantôt *« protéine »* selon le contexte.

Comment ça se forme — Une liaison peptidique unit le groupe carboxyle d'un acide aminé au groupe amine du suivant, avec libération d'une molécule d'eau. C'est une réaction de condensation. Le code génétique permet à la machinerie cellulaire de synthétiser des peptides spécifiques selon un ordre précis.

Dans le corps humain — Le corps fabrique en permanence des peptides : insuline (51 a.a., régule la glycémie), glucagon (29 a.a., antagoniste de l'insuline), ocytocine (9 a.a., accouchement et lien social), endorphines (peptides analgésiques endogènes), ghréline (28 a.a., hormone de la faim), GLP-1 (30 a.a., cible des médicaments anti-obésité actuels).

Comment on les fabrique — Depuis Robert Merrifield en 1963 (prix Nobel 1984), la synthèse en phase solide (SPPS) permet de fabriquer des peptides spécifiques en laboratoire. La voie recombinante (génie génétique) produit l'insuline humaine depuis 1982.

Pourquoi ça compte aujourd'hui — Convergence : maîtrise de la synthèse, séquençage du génome, machinerie pharmaceutique. Les peptides thérapeutiques explosent depuis 2017 (révolution GLP-1).

Questions frequentes

Les reponses rapides avant d'entrer dans le detail.

C'est quoi un peptide ?

Un peptide est une chaîne courte d'acides aminés reliés par des liaisons peptidiques. Sa longueur typique va de deux à quelques dizaines d'acides aminés. Au-delà d'environ 50 résidus, par convention, on parle plutôt de protéine. Le corps humain en fabrique en permanence : insuline (51 a.a.), glucagon (29 a.a.), ocytocine (9 a.a.), endorphines, GLP-1 (30 a.a.), défensines (immunité), et de nombreux autres. Les peptides peuvent aussi être synthétisés en laboratoire (méthode Merrifield depuis 1963) ou produits par génie génétique (insuline humaine recombinante depuis 1982).

Quelle est la différence entre un peptide et une protéine ?

La différence est essentiellement une question de longueur de chaîne et de convention. Au-dessous d'environ 50 acides aminés, on parle de peptide ; au-dessus, de protéine. Les peptides plus longs (insuline, 51 résidus) sont parfois appelés *« protéines »*, parfois *« peptides »*, selon la tradition disciplinaire. La conformation tridimensionnelle stable est plus présente chez les protéines (structures secondaires : hélices α et feuillets β ; structure tertiaire 3D ; parfois quaternaire pour les complexes multi-sous-unités) que chez les courts peptides, qui ont souvent une structure plus flexible.

Combien d'acides aminés dans un peptide ?

De deux (dipeptide) à environ cinquante. Au-delà, on parle généralement de protéine. La frontière est conventionnelle, pas anatomique. Un oligopeptide compte typiquement entre 2 et 20 acides aminés, un polypeptide entre 20 et 50. Au sein des peptides courts, on distingue le dipeptide (2), le tripeptide (3), le tétrapeptide (4), et ainsi de suite jusqu'au décapeptide (10). L'ocytocine et la vasopressine sont des nonapeptides (9 résidus).

Un peptide est-il une hormone ?

Certains peptides sont des hormones (insuline, glucagon, ocytocine, vasopressine, GLP-1, somatostatine, GH-RH, leptine, ghréline, PYY). D'autres peptides sont des neurotransmetteurs (substance P, endorphines), des facteurs de croissance (IGF-1, considéré parfois comme protéine), des composants structurels (collagène hydrolysé alimentaire), ou des antimicrobiens (défensines, cathélicidines, magainines). Inversement : toute hormone n'est pas un peptide — les hormones stéroïdes (cortisol, œstradiol, testostérone) et certains dérivés d'acide aminé (thyroxine, adrénaline) ne sont pas des peptides.

Qui a découvert les peptides ?

La notion de liaison peptidique a été établie par Emil Fischer au début du XXᵉ siècle (Nobel de chimie 1902). La synthèse du premier peptide hormonal artificiel — l'ocytocine — revient à Vincent du Vigneaud en 1953 (Nobel 1955). La synthèse moderne en phase solide a été inventée par Robert Merrifield en 1963 (Nobel 1984) — méthode qui a révolutionné la production industrielle. L'insuline humaine recombinante (Humuline®, Genentech / Eli Lilly) en 1982 a inauguré la production par génie génétique.

Quels peptides sont produits par le corps humain ?

Des dizaines de familles. Hormones peptidiques : insuline (régulation glycémique), glucagon (antagoniste), GH (croissance), GLP-1 (satiété et insuline), ocytocine (accouchement et lien social), vasopressine (rétention d'eau), somatostatine (inhibitrice), GH-RH (libératrice de GH), ghréline (faim), leptine (satiété), PYY (satiété post-prandiale). Neurotransmetteurs peptidiques : substance P (douleur), endorphines (antalgie endogène), enkephalines, dynorphine. Système immunitaire : défensines, cathélicidines (peptides antimicrobiens). Système digestif : CCK (cholécystokinine), VIP (Vasoactive Intestinal Peptide). Le collagène (la protéine la plus abondante du corps) est la source des peptides de collagène alimentaire après hydrolyse industrielle.

Le mot *« peptide »* a quitté les manuels de biochimie pour s'installer dans le rayon cosmétique, le bilan de pharmacie, le titre des publications de recherche. Avant de parler de ce que les peptides font, il faut savoir ce qu'ils sont.

Un peptide est une chaîne courte d'acides aminés reliés par des liaisons peptidiques. La définition est nette ; ce qui est flou, c'est la frontière avec la protéine. Voici la clarification, suivie des notions utiles pour comprendre tout le reste : structures naturelles (hormones, neurotransmetteurs, signaux immunitaires), synthèse en laboratoire (méthode Merrifield depuis 1963), histoire scientifique courte d'Emil Fischer à 2026.

Approche encyclopédique : pas de claim santé, pas d'orientation clinique, pas de promesse. De la biochimie, un peu d'histoire (cinq prix Nobel en relation directe avec les peptides depuis 1902), et les ponts vers les autres clusters quand utile. À la fin, vous pourrez expliquer en deux phrases ce qu'est un peptide, donner trois exemples présents dans votre propre corps, et comprendre comment la chimie est passée d'*« observation »* à *« fabrication »*.

Qu'est-ce qu'un peptide ?

Définition rigoureuse, en partant de l'élément.

Acide aminé — l'unité de construction

Un acide aminé est une molécule contenant simultanément un groupe amine (-NH₂) et un groupe carboxyle (-COOH), reliés à un même carbone central (le carbone α). 20 acides aminés standards constituent les protéines des êtres vivants (glycine, alanine, valine, leucine, isoleucine, proline, phénylalanine, tryptophane, méthionine, sérine, thréonine, cystéine, tyrosine, asparagine, glutamine, lysine, arginine, histidine, acide aspartique, acide glutamique). Quelques rares acides aminés non-standards existent (sélénocystéine, pyrrolysine, hydroxyproline dans le collagène).

Liaison peptidique

Une liaison peptidique est une liaison covalente entre deux acides aminés : le groupe carboxyle (-COOH) du premier réagit avec le groupe amine (-NH₂) du second, avec libération d'une molécule d'eau (réaction de condensation). Le résultat est une liaison amide entre le carbone du premier acide aminé et l'azote du second.

Définition formelle

Un peptide est une chaîne d'acides aminés reliés par des liaisons peptidiques. La longueur typique va de deux (dipeptide) à environ 50 résidus. La frontière exacte avec *« protéine »* est conventionnelle (voir H2 suivant).

Notation séquence

Les acides aminés sont notés par des codes à une lettre (A, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M, N, P, Q, R, S, T, V, W, Y — voir tableau IUPAC) ou par des codes à trois lettres (Ala, Cys, Asp, Glu, Phe, Gly, His, Ile, Lys, Leu, Met, Asn, Pro, Gln, Arg, Ser, Thr, Val, Trp, Tyr). Une séquence peptidique se lit du N-terminus (extrémité amine libre) au C-terminus (extrémité carboxyle libre).

Exemple : GHK = Gly-His-Lys = tripeptide du peptide de cuivre.

Conformation

Un peptide court (< 10 résidus) n'a souvent pas de structure tridimensionnelle stable — il flotte librement en solution. Une protéine longue se replie spontanément en structures secondaires (hélices α, feuillets β), tertiaires (3D globulaire ou fibreuse), parfois quaternaires (assemblage de plusieurs sous-unités). Voir le NCBI Bookshelf pour les bases biochimiques détaillées.

Schema pixel art comparant un peptide court et une proteine repliee autour du seuil conventionnel de 50 acides amines.
Peptide ou proteine : la frontiere des 50 acides amines reste une convention utile, pas une coupure biologique.
Préfixes terminologiques selon la longueur de chaîne. La frontière peptide/protéine est conventionnelle, située autour de 50 résidus.
Nombre d'acides aminésTermeExemple
2DipeptideCarnosine (β-alanyl-histidine, antioxydant musculaire)
3TripeptideGHK (Glycyl-Histidyl-Lysyl) → GHK-Cu peptide de cuivre
4-5Tétrapeptide / PentapeptideEndorphines courtes ; Matrixyl® (palmitoyl pentapeptide-4)
6-10Hexa- à DécapeptideAcétyl hexapeptide-8 (Argireline®) ; Ocytocine (9 a.a.)
11-20OligopeptideSubstance P (11 a.a.), bradykinine (9 a.a.)
20-50Polypeptide / petit peptideGlucagon (29 a.a.), GLP-1 (30 a.a.)
~50-150Petite protéine / grand peptideInsuline (51 a.a.), IGF-1 (70 a.a.) — frontière conventionnelle
> 150ProtéineAlbumine (585 a.a.), collagène entier (>1000 a.a.)

Acide aminé → peptide → protéine : la hiérarchie

Démonter la frontière fictive entre peptide et protéine.

Chaîne courte — di, tri, oligo, poly

Les préfixes terminologiques (voir tableau précédent) sont des conventions disciplinaires. Aucune frontière anatomique stricte ne sépare un peptide d'une protéine.

Frontière peptide/protéine

La convention la plus fréquente fixe la frontière à 50 acides aminés, parfois 100 selon les sources. Cette convention varie selon les disciplines : biologie cellulaire (~50), chimie médicinale (~30-50), pharmacologie (variable selon le contexte de la molécule).

Pourquoi cette frontière compte peu en pratique

L'insuline a 51 acides aminés (51 + 30 = 81 si on compte les deux chaînes A et B liées par des ponts disulfure) — elle est appelée *« protéine »* en biologie cellulaire et *« peptide thérapeutique »* en pharmacologie. Le glucagon (29 acides aminés) est appelé *« peptide »* dans la quasi-totalité des contextes. Le GLP-1 (30 acides aminés) également. La frontière est une convention historique, pas une discontinuité moléculaire.

Conformation et fonction

Au-delà de ~50 résidus, la chaîne tend à se replier spontanément en structures secondaires (hélices α : tour de spirale stabilisée par liaisons H ; feuillets β : brins étendus liés latéralement). La conformation tertiaire 3D (globulaire ou fibreuse) émerge typiquement à partir de ~100 résidus. C'est la conformation qui crée la fonction biologique dans les protéines — un mauvais repliement détruit l'activité.

Les peptides courts (< 30 résidus) ont moins de conformation stable. Leur fonction dépend plus de la séquence linéaire que de la 3D — d'où la facilité de la synthèse en phase solide (Merrifield).

Conséquence pour la communication grand public

Dire *« peptide »* ou *« protéine »* est souvent une question de longueur et de tradition disciplinaire. Sur ce site, nous utilisons *« peptide »* pour les molécules de moins de ~50 résidus, et *« protéine »* au-delà — sauf quand la convention du domaine impose autre chose (insuline reste typiquement *« hormone peptidique »* en médecine endocrinologique).

Les peptides naturels : hormones, signaux, neurotransmetteurs

Montrer que le lecteur est lui-même fait de peptides.

Peptides hormonaux

Produits par des glandes endocrines, sécrétés dans le sang, agissant sur des cibles à distance. Régulation centrale du métabolisme, de la croissance, de la reproduction, de l'eau et des électrolytes.

  • Insuline (51 a.a.) — pancréas, régulation glycémique
  • Glucagon (29 a.a.) — pancréas, antagoniste de l'insuline
  • GLP-1 (30 a.a.) — intestin, satiété et sécrétion d'insuline (cible des médicaments anti-obésité Ozempic, Wegovy, Mounjaro)
  • Ocytocine (9 a.a.) — hypophyse postérieure, accouchement et lien social
  • Vasopressine / ADH (9 a.a.) — rétention d'eau, régulation tensionnelle
  • GH-RH (44 a.a.) — hypothalamus, libère la GH
  • Somatostatine (14 a.a.) — hypothalamus, inhibe la GH
  • Hormone parathyroïdienne (84 a.a.) — calcium et phosphore
  • Calcitonine (32 a.a.) — calcium
  • Ghréline (28 a.a.) — estomac, hormone de la faim
  • Leptine (167 a.a.) — adipocyte, satiété long terme
  • PYY (36 a.a.) — intestin, satiété post-prandiale

Peptides neurotransmetteurs

Libérés par les terminaisons neuronales, agissant localement ou à courte distance.

  • Substance P (11 a.a.) — douleur, inflammation
  • Endorphines — peptides analgésiques endogènes
  • Enkephalines (5 a.a.) — analgésie
  • Dynorphine — modulation de la douleur

Peptides du système immunitaire

Première ligne de défense contre les pathogènes.

  • Défensines (29-47 a.a.) — peptides antimicrobiens cutanés et muqueux
  • Cathélicidines (LL-37, 37 a.a.) — antimicrobiens
  • Magainines — peptides antimicrobiens originaires de la grenouille, étudiés en pharmacologie

Peptides signal de croissance et facteurs

  • IGF-1 (70 a.a.) — Insulin-like Growth Factor 1, médiateur principal des effets de la GH (parfois classé comme protéine)
  • EGF (53 a.a.) — Epidermal Growth Factor

Voir Inserm pour la physiologie hormonale vulgarisée. Voir aussi le hub GLP-1 et analogues pour le cluster médicaments.

Comment fabrique-t-on un peptide en laboratoire

La révolution de la synthèse peptidique.

Le problème

Un peptide est une succession d'acides aminés dans un ordre précis. La fabrication artificielle exige de contrôler chaque liaison sans déformer le reste — chaque acide aminé doit être ajouté dans le bon ordre, sans modifier les liaisons déjà formées.

La méthode Merrifield (Solid-Phase Peptide Synthesis, SPPS)

Robert Bruce Merrifield, 1963 — Nobel de chimie 1984. Principe : construire le peptide sur un support solide (résine de polystyrène). Le premier acide aminé est fixé à la résine par son C-terminus. Les acides aminés suivants sont ajoutés un par un par leur N-terminus, avec déprotection à chaque étape pour exposer le nouveau N-terminus libre. À la fin, le peptide est libéré du support et purifié.

Avant la SPPS, la synthèse peptidique en phase liquide était lente, sujette à erreurs, et limitée à des séquences courtes. Avec la SPPS : automatisation possible, reproductibilité, échelle industrielle, rendement contrôlé. C'est cette révolution qui a rendu accessible la synthèse de peptides de 10-50 acides aminés à l'échelle pharmaceutique.

Méthodes en phase liquide

Historiques, encore utilisées pour certaines productions industrielles spécifiques (notamment quand la SPPS n'est pas optimale pour la séquence à fabriquer). Le procédé Bachem et celui de Lonza incluent des hybrides phase liquide / phase solide.

Génie génétique

Pour les peptides plus longs (insuline, GH, anticorps thérapeutiques), la synthèse chimique devient peu rentable. La voie alternative : production par des bactéries ou levures modifiées génétiquement pour exprimer la protéine humaine cible. Humuline® (insuline humaine recombinante, Genentech 1982) a été la première protéine humaine produite par génie génétique et commercialisée.

Conséquences pour le marché

La quasi-totalité des peptides médicaments et cosmétiques modernes est produite par SPPS ou voie recombinante. Les peptides du corps humain qu'on retrouve en pharmacie (insuline, sémaglutide, leuproréline, octréotide) sont fabriqués en laboratoire, identiques ou modifiés vs l'original biologique.

De l'ocytocine 1953 aux GLP-1 2026 — 70 ans d'accélération

La peptidologie est passée d'une curiosité de laboratoire à un pilier de la pharmacopée mondiale en deux générations. Trois ruptures techniques l'expliquent.

1953 — du Vigneaud et l'ocytocine

Vincent du Vigneaud synthétise l'ocytocine — premier peptide hormonal artificiel (Nobel 1955). Démonstration que la chimie peut fabriquer des hormones humaines, ouvrant la voie à une médecine moléculaire.

1963 — Merrifield et la SPPS

Robert Merrifield publie la synthèse en phase solide. Révolution méthodologique qui rend la peptidologie industriellement viable.

1982 — insuline humaine recombinante

Humuline® (Genentech / Eli Lilly) — première protéine humaine produite par génie génétique et commercialisée. Remplace l'insuline animale (porcine, bovine) extraite des pancréas d'abattoir. Plus pure, plus standardisée, sans risque allergique de différence inter-espèces.

1986-1990 — premières applications oncologiques peptidiques

Leuproréline (Lupron®, Eligard®), goséréline (Zoladex®) — analogues GnRH pour le cancer de la prostate et l'endométriose. Démonstration que les peptides peuvent être des médicaments anticancéreux.

2005-2017 — l'ère GLP-1

  • Exénatide (Byetta®, 2005) — premier analogue GLP-1 commercialisé, dérivé de la salive du monstre de Gila.
  • Liraglutide (Victoza® 2010, Saxenda® 2014) — premier analogue GLP-1 quotidien.
  • Sémaglutide (Ozempic® 2018, Wegovy® 2021) — première transformation du paysage du diabète et de l'obésité.

2022-2026 — la deuxième vague

  • Tirzepatide (Mounjaro® 2022, Zepbound® 2023) — premier double agoniste GLP-1 + GIP.
  • Retatrutide (phase III TRIUMPH 2025-2027) — triple agoniste GIP/GLP-1/glucagon.
  • GLP-1 oraux (Rybelsus®, orforglipron en développement).

Voir analogues GLP-1 2026 pour le détail de l'horizon thérapeutique.

2000-2025 — cosmétique peptidique

Matrixyl® (Sederma, 2000), Argireline® (Lipotec, 2001), démocratisation des sérums peptidiques premium. Voir peptides pour la peau.

Pourquoi cette explosion

Convergence de trois facteurs :

  1. Maîtrise de la synthèse — SPPS automatisée, production B2B industrielle.
  2. Séquençage du génome — identification de nouvelles cibles peptidiques.
  3. Machinerie pharmaceutique — capacités de développement clinique phase I-II-III à grande échelle.

Frise des peptides — d'Emil Fischer 1902 à Mounjaro 2022

Une lignée scientifique courte, dense, jalonnée de cinq prix Nobel.

  • 1902Emil Fischer définit la liaison peptidique (Nobel de chimie). Travaux sur la synthèse des sucres et des purines.
  • 1953du Vigneaud synthétise l'ocytocine, premier peptide hormonal artificiel.
  • 1963Merrifield publie la SPPS (synthèse en phase solide), révolution méthodologique.
  • 1977 — Genentech, première synthèse de l'ADN codant la somatostatine humaine — démonstration que l'ADN recombinant peut produire un peptide humain dans une bactérie.
  • 1978 — Genentech, insuline humaine produite dans *E. coli* en laboratoire.
  • 1982Humuline®, insuline humaine recombinante, commercialisée par Eli Lilly.
  • 1985 — Genentech, hormone de croissance humaine recombinante (Protropin®).
  • 1986 — Leuproréline (Lupron®), première application oncologique peptidique commerciale.
  • 2005 — Exénatide (Byetta®), premier analogue GLP-1.
  • 2017 — Sémaglutide approuvé pour le diabète type 2.
  • 2021 — Sémaglutide (Wegovy®) approuvé pour l'obésité.
  • 2024 — Tirzepatide (Zepbound®) approuvé pour l'obésité.
  • 2026 — Retatrutide en phase III TRIUMPH, GLP-1 oraux en développement avancé.

Un siècle entre la liaison peptidique de Fischer et la révolution thérapeutique des GLP-1. C'est rapide, à l'échelle de l'histoire des sciences.

Les peptides dans le corps humain : quelques exemples

Reconnecter le lecteur à sa propre biologie.

L'insuline

Sécrétée par les cellules β des îlots de Langerhans du pancréas, libérée en réponse à l'élévation de la glycémie post-prandiale. 51 acides aminés répartis en deux chaînes (A et B) reliées par des ponts disulfure. Stocke le glucose dans les hépatocytes (glycogène) et le glucose comme triglycérides dans les adipocytes. Manque = diabète type 1 (auto-immun) ou type 2 (résistance).

Le glucagon

Sécrété par les cellules α des îlots de Langerhans, antagoniste de l'insuline. 29 acides aminés. Mobilise les réserves de glycogène hépatique pour élever la glycémie en jeûne ou hypoglycémie.

L'ocytocine

Synthétisée dans l'hypothalamus, stockée et libérée par la neurohypophyse. 9 acides aminés. Joue plusieurs rôles : contraction utérine pendant l'accouchement, éjection du lait pendant l'allaitement, neuromodulateur impliqué dans les liens sociaux et la confiance.

Les endorphines

Peptides analgésiques endogènes synthétisés en réponse au stress, à la douleur, à l'exercice physique. Agissent sur les récepteurs opioïdes (les mêmes que la morphine). C'est l'origine du *« runner's high »* après l'effort prolongé.

La ghréline

28 acides aminés. Sécrétée par l'estomac entre les repas. Hormone de la faim — son taux monte avant les repas, redescend après. Cible thérapeutique inverse des GLP-1 (qui inhibent l'appétit en activant la satiété intestinale).

Le GLP-1

30 acides aminés. Sécrété par les cellules L de l'intestin après un repas. Régule la satiété, la vidange gastrique, la sécrétion d'insuline glucose-dépendante. Cible des médicaments anti-obésité actuels (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) et de la classe en développement (retatrutide, CagriSema).

Les peptides antimicrobiens

Défensines, cathélicidines (LL-37) — première ligne de défense de la peau et des muqueuses contre bactéries, champignons, virus. Sécrétés en permanence ou induits par l'infection.

Glossaire des concepts

Glossaire express des termes utilisés sur ce site.

  • Acide aminé — Molécule de base contenant simultanément un groupe amine et un groupe carboxyle. 20 standards constituent les protéines humaines.
  • Séquence — Ordre des acides aminés dans une chaîne peptidique, lue du N-terminus au C-terminus.
  • Liaison peptidique — Liaison covalente amide entre deux acides aminés, formée par condensation avec libération d'eau.
  • Oligopeptide — Peptide court, typiquement 2-20 acides aminés.
  • Polypeptide — Chaîne plus longue, typiquement 20-50 acides aminés. Au-delà, *« protéine »*.
  • Protéine — Au-dessus de ~50 acides aminés, avec conformation 3D stable.
  • Conformation — Structure tridimensionnelle d'un peptide ou d'une protéine, déterminée par la séquence et l'environnement.
  • Hydrolysat — Mélange de peptides obtenu par dégradation enzymatique ou chimique d'une protéine entière (ex. hydrolysat de collagène).
  • Peptidomimétique — Molécule conçue pour mimer l'action d'un peptide naturel sans avoir sa structure exacte (peut être un peptide modifié ou une petite molécule non-peptidique).
  • Peptide synthétique — Fabriqué par synthèse chimique (SPPS le plus souvent).
  • Peptide recombinant — Produit par génie génétique dans une bactérie ou levure modifiée (insuline humaine recombinante).
  • Hormone peptidique — Peptide sécrété par une glande endocrine, agissant à distance via le sang (insuline, glucagon, GLP-1, ocytocine, etc.).
  • Peptide signal — Peptide induisant une réponse cellulaire spécifique (Matrixyl® en cosmétique).
  • Peptide bioactif — Peptide ayant une activité biologique mesurable (terme générique).
  • N-terminus / C-terminus — Extrémités d'un peptide : N (amine libre, lecture de gauche à droite) ; C (carboxyle libre, lecture de droite à gauche).
Schema en quatre etapes de la synthese peptidique en phase solide de Merrifield sur resine.
La SPPS de Merrifield assemble la chaine sur resine avant de liberer le peptide purifie.

Un peptide est une chaîne courte d'acides aminés. Il peut être hormonal (insuline, GLP-1), structural (collagène hydrolysé), signal (Matrixyl®), neurotransmetteur (endorphines), antimicrobien (défensines). Il peut être produit par le corps, synthétisé en laboratoire (Merrifield SPPS depuis 1963), ou cultivé par bactéries génétiquement modifiées (insuline humaine recombinante depuis 1982).

Cette diversité explique pourquoi un seul mot couvre l'insuline du diabétique, le sérum de la crème de jour, et le complément alimentaire au collagène. Comprendre la grammaire — acide aminé, liaison, séquence, conformation, synthèse — suffit à démêler la quasi-totalité du marketing.

Sources

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